Martin Boonen
07 May 2026
Il est des chiffres que l’on préfère ne pas regarder en face. Trente-huit milliards de tonnes de CO2 rejetées chaque année dans l’atmosphère, dont 75 % sont issues de la production d’énergie et de l’industrie. Et parmi elles, une frange immense (la moitié des émissions mondiales) que personne n’est capable de capturer à un coût viable. C’est précisément dans cet angle mort que s’est engouffrée ARK Capture Solutions.
Installée au cœur du LLN Science Park, la jeune pousse a été cofondée par Samuel Thiry et Aurélien Vantomme, qui cumulent à eux seuls plus de soixante ans d’expertise dans les technologies industrielles propres. Leur constat de départ est limpide : les technologies conventionnelles de capture du CO2 reposent sur des solvants chimiques, appelés “amines”, que l’industrie utilise faute de mieux. “Non seulement il faut énormément d’énergie pour extraire le CO2 de ce solvant, mais en plus, celui-ci est toxique”, résume Samuel Thiry. ARK a donc conçu une approche radicalement différente : un procédé hybride, entièrement électrique, qui combine plusieurs technologies physiques (dont une étape finale de cryogénie) pour liquéfier le CO2 avec une pureté atteignant 99,9 %. Aucun recours à la chaleur, aucun additif chimique.
Reste la question que tout industriel se pose : pourquoi investir dans la capture ? Samuel Thiry identifie deux leviers. Le premier est économique : le CO2 capturé devient une matière première valorisable, notamment dans la production de carburants synthétiques pour l’aviation et le transport maritime, ou dans la minéralisation des matériaux de construction. Lorsqu’il est biogénique (issu d’un incinérateur ou d’un site de biogaz), il vaut entre 100 et 150 euros la tonne. Le second levier est réglementaire : l’Europe impose désormais une taxe carbone aux émetteurs via l’Emission Trading System, et les allocations gratuites de CO2 disparaîtront progressivement d’ici 2034. “Si l’on capture le CO2 et qu’on le stocke, on ne doit plus payer ces taxes”, résume le fondateur. Le calcul devient alors celui d’un simple retour sur investissement.
En moins de deux ans, la start-up a déjà fait fonctionner trois pilotes, dont le premier sur site industriel avec des émissions réelles. Elle a levé 2,2 millions d’euros en pré-amorçage auprès d’investisseurs de premier plan (Aperam Ventures, Seeder Fund, BeAngels, Wallonie Entreprendre). Une unité de démonstration industrielle d’une capacité de mille tonnes par an est en cours de construction, avec un démarrage prévu fin 2026 et un premier contrat commercial visé pour 2027. “Nous sommes en contact avec environ 70 sociétés aujourd’hui”, confie Samuel Thiry, qui emploie désormais une douzaine de personnes et mène des études de faisabilité en Flandre, en Amérique latine, au Japon et en Grande-Bretagne.
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