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François Didisheim : « Le patrimoine n’est pas seulement un héritage commun »

HLCPatrimoine

Charles-Albert de Romrée

19 November 2024

« Préserver un Patrimoine : nécessité ou volonté ? » C’est à cette question que le prochain magazine Lobby tentera de répondre. Nous avons saisi l’occasion d’en parler avec le fondateur de la revue, habituel co-rédacteur de cette rubrique et nouvel administrateur délégué et éditeur responsable de L’Éventail : François Didisheim.

Qu’entend-on, de nos jours, par patrimoine : « C’est un mot particulièrement inspirant car il comprend toutes formes de notions dans lesquelles le commun des mortels peut s’accomplir : l’immobilier, la construction, l’histoire, la finance, l’art, la médecine, la culture, l’éducation, l’héritage, le savoir, etc… » commence François Didisheim. Il convient dont de parler des patrimoines, plutôt que de l’envisager comme une matière monolithique. Si les patrimoines sont multiples, les façons de les sauvegarder et de les transmettre le sont donc aussi.

© Photo News

Le patrimoine est-il une affaire d’État ou une affaire de cœur ? En d’autres mots, est-ce aux autorités de sauvegarder ce qu’elles estiment comme patrimoine ou aux citoyens de le faire, chacun selon ses critères et ses moyens ? « Des initiatives publiques, comme le « Loto du Patrimoine » de Stéphane Bern en France, ou le succès des Journées du Patrimoine chez nous, montrent que le soutien de l’État ou de célébrités renforce la mobilisation populaire autour de cette cause. En effet, le fonds Loto du Patrimoine a permis de sauver de nombreux monuments français menacés, suscitant une vague d’intérêt et de financement sans précédent. Cependant, cette démarche touche aussi à l’idéologie patrimoniale : préserve-t-on, à grand coût, ce qui compte pour tous ou pour certains ? » La question reste, pour l’instant, très ouverte …

Que deviendra l'œuvre d'Isabelle de Borchgrave après son récent décès ? © Didier Lebrun/Photonews

Autre question : le patrimoine appartient-il à tous ? Et François Didisheim d’y répondre encore : « Non, le patrimoine n’est pas seulement un héritage commun. Il touche aussi à la sphère privée. Nicolas D’Ieteren, en reprenant la participation de son cousin dans le D’Ieteren Group, montre à quel point le patrimoine familial peut devenir un enjeu de concentration des pouvoirs ». Avec, forcément, un fort impact économique. « Dans un autre registre, le décès de la géniale créatrice Isabelle de Borchgrave laisse planer des interrogations sur l’avenir de sa marque. Ce patrimoine immatériel, son savoir-faire, perdurera-t-il ? » Le rôle des héritiers, dans le patrimoine familial, est donc prédominant. Et leurs volontés, leurs désirs et leurs aspirations sont déterminants.

Pour terminer, rappelons les mots de Lucie Aubrac, la célèbre résistante française qui, dans sa grande sagesse, a déclaré un jour : « Une œuvre d’art détruite, c’est le patrimoine de l’humanité qui est entamé, et c’est irremplaçable ».

Photo de couverture : © Pierre-Olivier Tulkens

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